Régularisation des charges locatives : calcul, délais et justificatifs à fournir
La régularisation annuelle des charges est obligatoire en location vide (article 23 de la loi du 6 juillet 1989). Le bailleur compare les provisions perçues aux dépenses réelles, transmet le décompte par nature de charges, et tient les justificatifs à disposition du locataire pendant 6 mois. Le détail du mécanisme, les erreurs courantes et les délais de prescription.
Le principe : provisions puis régularisation
En location vide, le mécanisme est imposé par l'article 23 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 :
- Le locataire paie chaque mois une provision pour charges en plus du loyer
- En fin d'exercice, le bailleur compare le total des provisions perçues aux dépenses réelles justifiées
- La différence fait l'objet d'un remboursement (trop-perçu) ou d'un complément (insuffisance)
Ce système s'applique uniquement aux charges récupérables au sens du décret n°87-713 du 26 août 1987 (eau, chauffage, ascenseur, parties communes, espaces verts, gardien, TEOM, etc.). Les charges non récupérables (taxe foncière, assurance PNO, honoraires de syndic) restent à la charge exclusive du bailleur.
Le calendrier de la régularisation
Quand régulariser ?
La loi impose une régularisation au moins une fois par an (article 23 alinéa 3). En pratique, le bailleur régularise après réception de l'arrêté des comptes de la copropriété, voté en assemblée générale. Le décalage entre l'exercice comptable de la copropriété et l'année civile du bail rend le timing variable.
Rien n'interdit de régulariser plus souvent (semestriellement, par exemple), mais l'obligation légale est annuelle.
Le décompte préalable
Un mois avant la régularisation, le bailleur doit transmettre au locataire :
- Le décompte des charges par nature de charges (eau, chauffage, ascenseur, entretien parties communes, etc.)
- Le mode de répartition entre les logements de l'immeuble (tantièmes, compteurs individuels, clé de répartition du règlement de copropriété)
- Si le logement est raccordé à un réseau de chaleur ou à une installation collective de chauffage : une note d'information sur les modalités de calcul
Le décompte doit être suffisamment détaillé pour que le locataire puisse identifier chaque poste. Un montant global « charges : 850 EUR » sans ventilation n'est pas conforme.
La mise à disposition des justificatifs
Pendant 6 mois après l'envoi du décompte, le bailleur tient à disposition du locataire l'ensemble des pièces justificatives (article 23, modifié par la loi ALUR du 24 mars 2014) :
- Factures d'entretien (nettoyage, ascenseur, espaces verts)
- Relevés de compteurs individuels
- Décompte du syndic de copropriété
- Avis de taxe foncière (pour la TEOM)
- Contrats d'entretien (chaudière, ascenseur, VMC)
Le bailleur doit permettre la consultation de ces pièces. Il n'est pas tenu de les envoyer par courrier, mais il doit les rendre accessibles (sur rendez-vous, par voie dématérialisée, etc.).
Le calcul concret
Étape 1 : relever les dépenses réelles
En copropriété, les dépenses récupérables figurent dans le décompte annuel du syndic, ventilé par poste. Pour une maison individuelle, le bailleur additionne les factures de l'année (eau, ordures ménagères, entretien chaudière, etc.).
Étape 2 : appliquer la clé de répartition
En copropriété, les charges sont réparties selon les tantièmes définis dans le règlement de copropriété. Certains postes ont des clés spécifiques :
- Ascenseur : répartition selon les tantièmes de charges, souvent avec exonération du rez-de-chaussée si le règlement le prévoit
- Eau : compteurs individuels (consommation réelle) ou répartition aux tantièmes
- Chauffage collectif : compteurs individuels de chaleur (obligatoires depuis le décret n°2019-496 du 22 mai 2019 dans les immeubles collectifs, sous réserve de faisabilité technique) ou répartition aux tantièmes de chauffage
Étape 3 : comparer provisions et dépenses réelles
| Montant | |
|---|---|
| Total des provisions perçues sur l'exercice | 1 800 EUR |
| Total des dépenses récupérables réelles (quote-part du locataire) | 1 650 EUR |
| Solde en faveur du locataire | 150 EUR |
Si le solde est en faveur du locataire : le bailleur rembourse le trop-perçu.
Si le solde est en faveur du bailleur : le bailleur peut réclamer le complément au locataire. Ce complément peut être échelonné sur 12 mois si le locataire le demande (article 23 alinéa 7).
Étape 4 : ajuster les provisions
Après la régularisation, le bailleur ajuste le montant de la provision mensuelle pour l'exercice suivant, en se basant sur les dépenses réelles constatées. L'objectif est que le total des provisions se rapproche au maximum des charges réelles, pour minimiser l'écart à régulariser.
Le cas du meublé : forfait ou provisions
En location meublée (titre I bis de la loi du 6 juillet 1989), le bail peut prévoir deux options :
Provisions avec régularisation
Même régime que la location vide. Mêmes obligations de décompte, de justificatifs, et de délais.
Forfait de charges
Le forfait est un montant fixe mensuel, défini au bail, qui couvre l'ensemble des charges récupérables. Ses caractéristiques :
- Pas de régularisation annuelle : le montant est acquis au bailleur, qu'il soit supérieur ou inférieur aux dépenses réelles
- Pas de justificatifs à fournir au locataire
- Montant révisable selon l'IRL (article 25-10 de la loi du 6 juillet 1989)
- Montant raisonnable : le forfait doit être en rapport avec les charges réelles prévisibles. Un forfait manifestement excessif est contestable
Le forfait est pratique pour les petits logements meublés avec peu de charges collectives. Mais si les charges réelles dépassent le forfait, le bailleur absorbe la différence.
La prescription : 3 ans
L'article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989 (modifié par la loi ALUR) fixe un délai de prescription de 3 ans pour les actions en paiement de charges.
Le bailleur qui ne régularise pas pendant 4 ans ne peut réclamer un complément que sur les 3 dernières années. Au-delà, la créance est prescrite. Symétriquement, le locataire qui veut contester un trop-perçu dispose du même délai de 3 ans.
Les erreurs qui coûtent cher
Ne jamais régulariser
C'est l'erreur la plus courante. Le bailleur perçoit des provisions pendant des années sans jamais envoyer de décompte. Résultat : le locataire peut exiger le remboursement du trop-perçu sur 3 ans, et le bailleur ne peut réclamer un complément que sur la même période.
Régulariser sans décompte détaillé
Un courrier disant « vous devez 320 EUR de régularisation de charges » sans ventilation par poste n'est pas conforme. Le locataire peut refuser de payer et contester devant la commission départementale de conciliation (article 20 de la loi du 6 juillet 1989).
Récupérer des charges non récupérables
Seules les charges du décret n°87-713 sont récupérables. Les postes les plus souvent facturés à tort : taxe foncière (hors TEOM), assurance PNO, honoraires de syndic, frais de gestion locative, ravalement de façade, remplacement d'équipements collectifs.
Oublier la TEOM
La taxe d'enlèvement des ordures ménagères est récupérable intégralement. Elle figure sur l'avis de taxe foncière du propriétaire, sur une ligne distincte. Beaucoup de bailleurs l'oublient dans leur régularisation, ce qui revient à absorber une charge que le locataire devrait supporter.
Envoyer le décompte trop tard
L'absence de décompte préalable (1 mois avant) fragilise la régularisation. Le locataire peut contester la procédure, et le juge peut accorder des délais de paiement supplémentaires.
Textes de référence :
- Loi n°89-462 du 6 juillet 1989, article 23 (charges récupérables, régularisation)
- Loi n°89-462 du 6 juillet 1989, article 7-1 (prescription 3 ans)
- Loi n°89-462 du 6 juillet 1989, article 25-10 (forfait de charges en meublé)
- Décret n°87-713 du 26 août 1987 (liste des charges récupérables)
- Décret n°2019-496 du 22 mai 2019 (individualisation des frais de chauffage)
- Loi ALUR n°2014-366 du 24 mars 2014 (justificatifs 6 mois)



